Verdict: Non coupable!

Êtes-vous de ces personnes qui croient que le bonheur de la planète leur incombe? Le fameux sentiment de culpabilité vient d’un sens du devoir et des responsabilités très développé, soit par l’éducation ou par un grand besoin de réussite. Par l’exemple de Sylvie, comptable et mère de trois enfants. Si son conjoint rentre tard et que deux de ses enfants ont des difficultés à l’école, c’est sa faute. Les « Je ne suis pas assez présente comme conjointe » ou « Je suis une mauvaise mère » font partie de son discours. Pour d’autres, au contraire, c’est toujours la faute des autres. Pourtant, aucune des deux situations n’est parfaitement réaliste. En effet, dans le cas du conjoint qui rentre tard, il est possible que la conjointe ait effectivement manqué de manifester son affection ces derniers temps, ou encore que le conjoint n’ait pas un solide sens des responsabilités. Cependant, la réalité se trouve peut-être à quelque part entre les deux. Besoin de détente après le travail? Projet important? En se faisant des scénarios plutôt qu’en adressant la situation, la colère, l’anxiété et la déprime risquent fort de se pointer, par-dessus la culpabilité.

Lorsqu’ils ressentent un état négatif, certains individus ont tendance à attribuer le problème à leur personne dans sa globalité ou de façon permanente, plutôt qu’en partie ou sur une base temporaire. Il est pourtant tellement plus aidant de n’identifier que l’aspect problématique et de le nuancer par un exemple contraire. Ainsi, il serait préférable de dire « J’ai fait coller la sauce, mais les pâtes sont réussies » plutôt que « Je suis terriblement mauvaise cuisinière et je le serai toujours ». Sinon, gare à la déprime!

En matière de culpabilité, une des grandes responsables est aussi la tendance à ponctuer son discours intérieur de « devrais ». En effet, la personne qui se dit : « Je devrais toujours avoir la meilleure idée dans les réunions d’équipe », « Je devrais faire du bénévolat à l’école de ma fille » et « Je devrais avoir le plus beau parterre du quartier » est une candidate parfaite pour la « perfectionnite » aiguë! Plus on se fixe des attentes de performance élevés (et souvent irréalistes), plus on risque de s’en vouloir car les standards sont rarement tous atteints à un tel degré. Selon Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, il est préférable de viser être un parent suffisamment bon, plutôt qu’être un parent parfait (ce qui n’existe pas de toutes façons…).

Voici un autre exemple en ce sens, celui d’une mère qui se sent mal car elle laisse son fils de 10 ans rentrer seul à la maison après l’école, la clé au cou. Bien souvent, les émotions négatives liées à ce type de pensées proviennent de ce que l’on croit que les autres pensent de nous. Ainsi, cette mère peut craindre que ses voisins la jugent comme étant une mauvaise mère. Cependant, seul ce que vous pensez peut avoir un effet sur vos émotions. Cessons de se faire de la bile pour de purs scénarios! C’est à nous seule de construire notre perception de notre propre valeur, avec nos qualités et nos défauts.

Je ne pourrais parler de culpabilité sans aborder celle des nombreux parents qui se sentent coupables d’envoyer leurs enfants en garderie. Voici une question fondamentale à se poser en ce sens : croyez-vous que vos enfants seraient plus heureux d’avoir, à la maison, un parent anxieux à cause du budget ou déprimé par manque d’accomplissement? Ou préféreraient-ils des parents épanouis? La réponse à ces questions dépend largement de votre relation vis-à-vis votre travail, ainsi que des valeurs et modèles que vous souhaitez inculquer à votre progéniture… Aussi, selon certains auteurs, être gardé à l’extérieur de la maison avec d’autres enfants favoriserait le développement. De plus, il semblerait que les mères à la maison ne passeraient pas plus de temps de qualité avec leurs enfants que les mères en emploi. Cependant, les pères dans les familles où les deux conjoints travaillent à l’extérieur seraient davantage impliqués auprès de leurs enfants que les autres, voilà qui est intéressant! Alors exit, la culpabilité! En outre, si vous pouvez bénéficier d’aménagements du temps de travail (par exemple horaires flexibles, télétravail), de la possibilité de prendre des vacances ou des congés lorsque requis, votre présence auprès de vos enfants peut s’avérer tout à fait adéquate. Par ailleurs, le choix de rester à la maison peut, dans certains cas, s’avérer tout à fait justifié, voire même souhaitable. Chaque situation est unique.

Pour se sortir définitivement du cercle vicieux de la culpabilité, il est important de développer une certaine dose d’égoïsme. Plutôt que de faire les choses pour les autres ou « parce qu’il le faut », notre principale responsabilité est de faire en sorte d’être bien pour soi. Ensuite, cet état pourra déteindre sur les autres, d’où le bilan positif. De plus, tentons de retirer de la satisfaction pour le travail accompli, plutôt que de mettre l’accent sur ce qu’on n’a pas eu le temps de faire…

En somme, identifiez quels sont pour vous les avantages de faire ce que vous vous sentez coupable de faire. Et dites-vous que si vous faites de votre mieux dans toutes les sphères de votre vie, personne ne peut vous reprocher quoi que ce soit.

Guylaine Deschênes, Ph.D., CRHA

Cet article a été publié sur le site de Mères & Cie (2010).