Santé et bien-être en milieu de travail: l’affaire de tous

La santé organisationnelle est un concept relativement nouveau dont on entend de plus en plus parler. Le travail, qui occupe une place importante dans la vie de beaucoup de gens, peut être à la fois source de satisfaction et de réalisation de soi, et source de tensions et de frustrations. C’est pourquoi la sphère professionnelle est souvent pointée du doigt en ce qui a trait aux causes de problèmes liés au stress et à l’épuisement. L’entreprise qui prend soin de sa santé organisationnelle en est une qui se préoccupe du bien-être de ses employés et qui met en place de saines pratiques de gestion. Par conséquent, une entreprise en santé présente de faibles taux d’absentéisme, de présentéisme et d’invalidité, ainsi que des indicateurs d’un climat de travail positif.

POURQUOI L’EMPLOYEUR A-T-IL UN RÔLE À JOUER EN MATIÈRE DE SANTÉ ET BIEN-ÊTRE DES EMPLOYÉS ?

Lorsqu’un groupe de personnes évolue dans un certain milieu commun, la responsabilité du bien-être de chacun n’est plus exclusivement individuelle, mais devient plutôt une responsabilité partagée. En effet, si on prend l’exemple d’un individu qui ne mange que les aliments les plus nutritifs, qui s’entraîne régulièrement et qui a une hygiène de vie irréprochable, et qu’on le plonge dans un environnement de travail malsain, où les relations manquent de respect, où la charge de travail et la pression sont intenses, où les gestionnaires font preuve de peu d’écoute, de flexibilité et de reconnaissance, il est possible que cette personne se mette à souffrir de divers maux physiques ou psychologiques. Le stress chronique est une des sources les plus importantes de problèmes de santé. Cet état engendre inévitablement des difficultés sur le plan de la performance et du service à la clientèle, pour ne nommer que ceux-là.

Les nombreux employés qui se retrouvent dans un semblable cercle vicieux contribuent à faire augmenter les taux d’absentéisme et d’invalidité de courte et de longue durée. Les coûts liés à ces absences, aux remplacements, à la perte de productivité peuvent être énormes, représentant une part importante de la masse salariale de l’organisation. Ainsi, investir en prévention et en promotion de la santé physique et psychologique peut devenir un atout appréciable en ce qui a trait à l’attraction, à la rétention et à la mobilisation du personnel.

QUELLES SONT LES STRATÉGIES DE PROMOTION DE LA SANTÉ ET DU BIEN-ÊTRE AU TRAVAIL ?

Les stratégies de promotions de la santé et du bienêtre en milieu de travail se déclinent en différentes catégories. Selon les exigences de la norme « Entreprise en santé » (lancée en 2008 par le Groupe Entreprises en santé, en collaboration avec le Bureau de normalisation du Québec), les quatre principales sphères d’activité pertinentes sont les suivantes :

Saines habitudes de vie

Dans l’optique de promouvoir de saines habitudes de vie chez les employés, l’employeur peut mettre en place diverses activités ou offrir des services-conseil notamment en nutrition, des programmes de sensibilisation à l’activité physique ou des accès facilités à des équipements sportifs (rabais, salle d’entraînement), de l’accompagnement pour l’arrêt du tabagisme ou autres dépendances, des ateliers sur la gestion du stress, des séances d’information sur des conditions de santé telles que le diabète, l’hypertension, le cancer, la ménopause, etc.

Pratiques de gestion

L’exemple de la section I révèle l’impact direct des pratiques de gestion sur le bien-être des employés. En effet, pour avoir une main-d’oeuvre motivée, productive et résiliente, les employés doivent se sentir considérés et importants. Des mécanismes de consultation et des communications transparentes et respectueuses sont des éléments de base à mettre en place. Dans les équipes de travail, des activités pour renforcer la cohésion, l’entraide et le sentiment d’appartenance sont aussi indiquées. Sur le plan individuel, un plan de développement et du soutien à la réalisation de ses objectifs professionnels sont des éléments fort appréciés. Les perceptions d’équité et de charge de travail raisonnable, et l’absence de harcèlement sont aussi des principes cruciaux. Enfin, une des pratiques de gestion qui est directement reliée au bien-être est sans contredit la reconnaissance. Ainsi, un programme formel de reconnaissance ou de la formation aux gestionnaires à cet égard constituent sans doute de très bons investissements.

Environnement

La question de l’environnement de travail sain est vaste, car on peut intervenir à différents niveaux. Cela peut passer par l’installation d’aires de stationnement sécuritaires pour vélos ou de douches sur les lieux du travail. Aussi, il est possible d’offrir des menus santé à la cafétéria ou par l’entremise de traiteurs, ainsi que des distributrices de collations nutritives. L’aménagement d’une aire de détente pour les employés peut leur permettre de se ressourcer pendant une pause, de même que l’amélioration de l’ergonomie des postes de travail. À la base, l’environnement de travail sain doit aussi être sécuritaire, tempéré et exempt de bruits excessifs.

Équilibre travail-vie personnelle

Finalement, agir sur une des plus importantes sources de stress peut s’avérer très avantageux et facilement accessible. En effet, les programmes favorisant la conciliation travail-vie personnelle sont très prisés par les employés, car ceux-ci ont alors l’impression d’avoir un meilleur contrôle sur leur vie. Des pratiques telles que les horaires flexibles, le télétravail, le travail à temps partiel, les congés pour des raisons personnelles, le retour progressif par suite d’une absence prolongée et le soutien en matière de garde des enfants sont parmi les plus courantes.

QUELLES SONT LES RÉPERCUSSIONS POTENTIELLES D’UN PROGRAMME DE SANTÉ ET BIEN-ÊTRE EN MILIEU DE TRAVAIL ?

Les entreprises qui mettent en place des programmes liés à la santé et au bien-être en milieu de travail n’y voient généralement que des avantages. Selon le centre de ressources « Protégeons la santé mentale au travail », 15 à 33 % des coûts attribuables aux problèmes de santé psychologique peuvent être réduits par l’adoption de ce type de politique et de pratiques. Il est important toutefois de garder à l’esprit que les retombées ne sont pas immédiates et qu’il faut parfois une longue période avant de voir des résultats concrets sur les indicateurs mesurés. En effet, on parle ici à la fois de changements de comportements humains et de changements organisationnels. Tout ça ne se réalise pas du jour au lendemain, mais il semble que l’investissement en vaille la chandelle.

Sur un plan moins tangible, notons que dans un contexte de compétition internationale pour une main-d’oeuvre engagée, les programmes de santé et bien-être représentent des éléments significatifs pour attirer le personnel qualifié et l’inciter à demeurer dans l’organisation pour contribuer activement à sa pérennité.

La question de la promotion de la santé et du bien-être au travail touche vraiment tout le monde, et ce, dans tous les milieux. Chaque personne doit bien sûr commencer par prendre soin d’elle-même, tout en s’assurant de bien traiter l’ensemble de ses collaborateurs. Dans le but de sous-tendre ces initiatives personnelles, l’entreprise gagne à mettre en place des mécanismes facilitateurs. Les diverses pistes d’action présentées dans cet article sauront, souhaitons-le, inspirer les entreprises qui souhaitent participer à ce vaste mouvement de sensibilisation. Car la santé fait partie des enjeux les plus importants pour l’avenir d’une société.

Guylaine Deschênes, Ph.D., CRHA

Cet article a été publié sur le site de La Référence RH (2013).