S.V.P. Boss! Merci Boss!

La conciliation travail-vie personnelle représente parfois tout un casse-tête. Vous avez beau faire des efforts, organiser vos tâches, demander de l’aide ou déléguer à la maison, vous continuez à vous sentir submergée… Ce genre de situation peut survenir à tout moment dans une vie, mais particulièrement lors de certains changements significatifs : arrivée d’un enfant dans la famille, parent malade, promotion du conjoint qui va rentrer plus tard tous les soirs, entrée à l’école de l’aîné, ce qui va entraîner la gestion de plusieurs services de garde différents…

La bonne nouvelle est que vous pouvez améliorer votre sort, sans avoir à devenir contorsionniste! Si vous êtes salariée, il suffit d’oser faire certaines demandes à votre employeur. Oui, oui, c’est une bonne idée, mais comment s’y prendre? On a si peur du refus…

Tout d’abord, je vous suggère de définir à quoi ressemblerait pour vous le format de travail idéal, afin de négocier les deux ou trois aspects qui sont les plus importants pour vous : tâches, conditions, climat, style de gestion, autonomie, avantages sociaux, horaires, etc.

Par exemple, en matière de conditions de travail, vous pourriez souhaiter :

- un horaire flexible (ce qui implique qu’aucune réunion ne soit prévue tôt le matin ou tard en fin de journée);

- un poste à temps partiel ou partagé;

- la possibilité de travailler de la maison (télétravail occasionnel ou régulier);

- la possibilité d’accumuler des heures et de les reprendre en temps;

- un congé sans solde;

- etc.

De façon générale, une proposition d’arrangements flexibles est mieux acceptée si elle est présentée sous la forme d’une période d’essai ou d’un projet pilote (3 à 6 mois), puisqu’elle implique un engagement non permanent, une réévaluation de la situation et une possibilité de s’ajuster de part et d’autre.

Voici quelques trucs pour augmenter les chances de réponse affirmative à votre demande :

  1. Préparez-vous aussi bien que pour une entrevue ou présentation professionnelle (par exemple en relisant le manuel d’employé ou la convention collective, en faisant une petite étude de ce qui se fait dans les organisations similaires, en pratiquant des réponses aux objections potentielles*)

  2. Impliquez le service des ressources humaines de votre organisation et/ou le syndicat, s’il y a lieu

  3. Choisissez le bon « timing », c’est-à-dire une période de l’année où l’organisation n’est pas dans une situation de manque d’effectif ou dans l’implantation de changements majeurs, etc., ou encore une période où votre patron est en processus de divorce, donc pas très réceptif…

  4. Prenez un rendez-vous formel d’au moins une demi-heure avec votre patron afin de vous assurer de sa disponibilité à vous écouter

  5. Remettez-lui un document écrit présentant les grandes lignes de votre proposition (atteinte de vos objectifs, avantages pour l’organisation en terme de productivité ou économies, solutions aux problèmes éventuels, conditions, équipement nécessaire, remplacements requis, durée de l’essai, etc.). Évitez surtout d’exposer vos raisons personnelles, ce n’est malheureusement pas ce qui compte en premier pour l’organisation.

  6. Démontrez une attitude convaincante ainsi qu’une certaine flexibilité (ex : ouverture à interrompre l’entente temporairement lors des périodes de pointe). En ce sens, vous pouvez prévoir un plan B avec quelques concessions, ou encore reporter votre demande à un moment plus favorable…

* Exemples d’objections :

  • « On n’a jamais fait ça, ce n’est pas dans notre politique »

  • « C’est trop dur à gérer »

  • « Et si j’ai une 2e demande, je ne peux accommoder deux employés dans le même service »

  • « Si je te permets de le faire, tout le monde va vouloir le faire! » (le fameux précédent…)

  • etc.

Préparez vos arguments « What's in it for the company » selon l'impact attendu sur les éléments suivants, pour une situation gagnant-gagnant:

  • Augmentation de votre productivité

  • Augmentation de votre engagement au travail et de la loyauté envers l’organisation

  • Argument pour recruter et retenir les meilleurs employés (notion d'employeur de choix)

  • Augmentation de la rentabilité (les 3 éléments précédents ont souvent des retombées financières positives pour l'entreprise en ce qui a trait aux profits et à la valeur de l'action, grâce entre autres à l’amélioration de la satisfaction de la clientèle)

Pour convaincre les employeurs récalcitrants qui craignent que toute l’organisation ne soit chambardée par les programmes de conciliation, il est utile de savoir qu’outre les horaires flexibles (qui sont adoptées par près de 10% des employés), environ 1 à 2% des employés seulement se prévalent des autres pratiques. Pour ce qui est des difficultés de gestion anticipées, il n’y a rien de mieux que de l’essayer quelque temps pour s’apercevoir que, finalement, ce n’est pas si pire que ça…

Pour résumer le tout, assurez-vous que votre patron ne pourra que répondre : « Et bien, pourquoi pas? On peut bien l’essayer! ». Si vous travaillez pour le même patron depuis au moins un an, que vous êtes réputé être une employée fiable et performante et que vous avez bien préparé votre dossier, il y a au moins 80% de chances que votre demande soit acceptée.

Dans la vie, rien n’est parfait, mais tout peut être mieux. Si votre demande n’a pas les résultats escomptés, vous pourrez vous dire que vous aurez au moins essayé... Et ça leur fera une question de moins à vous poser lorsque vous quitterez pour une entreprise qui est plus ouverte à la conciliation!

Guylaine Deschênes, Ph.D., CRHA

Cet article a été publié sur le site de Mères & Cie (2010).