Qui perd gagne: les clés pour une transition de carrière réussie

Au cours d'une vie professionnelle, plusieurs d'entre nous vivront au moins un changement de carrière imposé. Que ce soit à cause d'une abolition de poste, d'une restructuration majeure, d'une fusion/acquisition d'entreprise, d'une fermeture d'établissement, de coupures pour des raisons financières, de faillite, de retraite anticipée, etc., les contextes qui mènent à un changement professionnel sont variés. La notion de transition de carrière fait référence à toute période au cours de laquelle l'individu doit réfléchir à son avenir professionnel à la suite de la perte (ou d’un départ volontaire) de son emploi. Nous allons explorer diverses facettes de cette transition dans les sections qui suivent.

MINIMISER LE CHOC DE L'ANNONCE : QUAND ET COMMENT PROCÉDER?

Une transition réussie commence par la façon dont elle est annoncée. Lundi matin ou vendredi midi ? Avant Noël ou au retour des vacances ? Il est souvent très difficile et délicat pour les employeurs de choisir le meilleur moment (ou le moins pire) pour annoncer à un employé qu'il ne fera plus partie de l'équipe sous peu.

Je recommande de choisir un moment neutre, c'est-à-dire pas trop émotif, en évitant notamment d'attendre à la fin (ou près de l'achèvement) d'un projet dans lequel l'employé s'est beaucoup investi. Sinon, son sentiment d'injustice n'en sera que plus grand (« Quoi, c'est comme ça que vous me remerciez ? »). Je privilégierais aussi les débuts de semaine (lundi après-midi ou mardi matin) afin d'éviter le sentiment de trahison (« Depuis 3 jours, vous saviez ce qui m'arriverait et moi j'ai fait ma présentation en réunion d'équipe pour rien ! »). Si l'employé a une semaine sans événement particulier, le vendredi peut aussi s'avérer approprié afin de le laisser décanter pendant la fin de semaine sans que ses collègues ne posent trop de questions. Enfin, comme il n'y a pas de moment idéal pour une telle annonce, je suggère de choisir en fonction de la personnalité ou de l'état de l'employé. Faire l'annonce avant les vacances annuelles peut aider la personne à profiter de ce temps pour se ressourcer, rebâtir son estime personnelle ou mettre en place ses stratégies de réaction. Attendre au retour d'un congé prolongé (ex. : période des Fêtes) permet de ne pas gâcher ces moments qui lui serviraient à refaire le plein d'énergie. Toutefois, dans les cas de restructuration pendant un congé parental, l'employé doit être avisé avant la fin de celui-ci afin de bénéficier d'une période de préavis.

À cet égard, la Loi sur les normes du travail prévoit un délai entre l'annonce du licenciement et la date officielle de terminaison, déterminé en fonction de l'ancienneté dans l'entreprise. Dans les faits, la plupart des employeurs préfèrent que l'employé quitte rapidement ses fonctions, de façon à ne pas miner le reste de l'équipe avec l’attitude négative d'un employé frustré, déçu ou démotivé. Ainsi, le nombre de semaines de préavis peut être transformé en un montant correspondant à une indemnité compensatoire.

Au-delà des enjeux légaux à respecter, il faut être prudent lors de l'annonce pour minimiser l'impact psychologique. Faire appel à un consultant spécialisé en transition de carrière (psychologue industriel, conseiller en gestion de carrière, etc.) est sans doute un élément significatif pour aider l'employé à absorber le choc.

LE RÔLE DE L'EMPLOYEUR POUR UNE TRANSITION RÉUSSIE : LES CLÉS DU SUCCÈS

L'employeur joue un important rôle de soutien pour l'employé qui amorce une transition de carrière. Il doit lui fournir, si possible, les ressources pour faciliter ses démarches de repositionnement professionnel. Les pistes qui suivent s'adressent aux entreprises qui désirent se départir d'un employé en véhiculant des valeurs humaines qui se manifestent par des gestes concrets.

Voici, selon moi, les principaux facteurs clés à considérer:

La communication

L'annonce du licenciement doit être bien préparée conjointement par le gestionnaire (supérieur immédiat), le responsable des ressources humaines et le consultant externe, s'il y a lieu. Dans un local fermé à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes, le message devrait débuter par l'appréciation de la contribution de l'employé, puis s'orienter rapidement sur l'objet de la rencontre. Les grandes lignes des raisons qui sous-tendent la décision peuvent être invoquées, mais il ne sert à rien de s'étendre longuement ou trop en détail sur le sujet. De toute façon, la personne risque de perdre momentanément sa réceptivité. Une fois l'annonce faite et les documents de cessation d'emploi remis, le gestionnaire peut quitter la pièce et laisser l'employé entre les mains du professionnel externe qui l'écoutera ventiler ses émotions et s'assurera que la personne est en mesure de bien gérer son retour à la maison. Il est opportun à cette étape d'aborder le sujet de l'annonce à l'entourage.

Aussi, une fois que l'employé concerné a été avisé, il est impératif de rencontrer rapidement les autres membres de l'équipe pour leur faire part de la situation et les rassurer quant aux conséquences de ce départ. Par la suite, un communiqué plus général peut être acheminé par courriel au reste des employés. Idéalement, le tout se fait le même jour de façon à limiter les dégâts causés par la machine à rumeurs.

Le respect

L'employé qui vient d'apprendre qu'il perd son emploi est souvent passablement déstabilisé. Il peut avoir l'impression de perdre en même temps sa sécurité financière, son statut dans la société et voit certains rêves et projets s'écrouler... il n'a donc pas besoin de perdre en même temps sa dignité. Inutile donc de l'escorter jusqu'à son bureau avec des agents de sécurité et une boîte pour lui demander d'y ranger rapidement ses affaires sous le regard perplexe de ses collègues. Il est préférable de lui demander s'il souhaite qu'on appelle un taxi ou s'il se sent en mesure de conduire, puis de l'accompagner discrètement en lui demandant de remettre sa carte d'accès, tout en l'invitant à rappeler à sa convenance dans un délai donné pour convenir d'un moment où il pourra récupérer ses effets personnels et dire au revoir à certaines personnes si tel est son souhait. Avec l'avènement des médias sociaux, l'employé qui ressort frustré ou choqué du traitement subi pourrait réagir impulsivement et répandre la nouvelle sur le web, de quoi faire rapidement mauvaise presse à une entreprise.

C'est aussi pour une question de respect que l'employeur peut fournir un appui financier à l'ex-employé en lui offrant des services de transition de carrière (sauf s'il s'agissait d'un congédiement pour des raisons disciplinaires). Ainsi, l'individu pourrait bénéficier d'un accompagnement pour faire le point sur ses compétences, définir son objectif professionnel (recherche d'un poste similaire, lancement d'entreprise, retour aux études, etc.), revoir son curriculum vitae, se préparer aux entrevues et organiser efficacement sa recherche d'emploi.

LE RÔLE DE L'INDIVIDU POUR UNE TRANSITION RÉUSSIE : LES CLÉS DU SUCCÈS

Du point de vue de l'employé en transition, voici, selon moi, les principaux facteurs clés à considérer:

La gestion des émotions

Lorsqu’on perd son emploi, il est important de prendre une période de recul pour décanter, ventiler ses émotions avec ses proches et prendre soin de soi. La perte d'emploi est une sorte de deuil qui peut engendrer toute une gamme d'émotions, de la colère à la joie en passant par la tristesse et le désespoir. Pendant ces montagnes russes émotives, il faut éviter de prendre des décisions impulsives (financières, professionnelles ou personnelles). De plus, pendant tout le processus de transition de carrière (recherche d'emploi) et même au-delà, il est recommandé de ne pas parler en mal de son ancien employeur sur la scène publique. La frustration peut être partagée avec les proches, mais l'attitude générale doit demeurer la plus positive possible. Défaire la réputation de son ancien employeur n'aide pas à renforcer la sienne.

La proactivité

Rapidement après l'annonce, on peut mettre son CV à jour (ce qui devrait être fait régulièrement) ainsi que son profil sur les réseaux sociaux professionnels. De cette façon, les risques de passer à côté d'une belle opportunité sont diminués. Ensuite, trouver des façons d'apprendre à mieux se connaître, soit par des rencontres d'affaires un à un, des tests psychométriques ou le recours aux services d'un coach ou d'un mentor. Tenter de définir le plus rapidement possible le nouvel objectif professionnel sera le meilleur atout à mettre de l'avant lors des rencontres de réseautage qui risquent de se multiplier au cours de la période de transition de carrière. Une phrase succincte qui décrit bien le profil, imprimée notamment sur une carte de visite, servira d'outil marketing pour demeurer dans le champ de vision des employeurs potentiels. De plus, si des recommandations ont été obtenues en cours d'emploi, ne pas hésiter à les mettre de l'avant sur les réseaux sociaux. Enfin, une implication sociale dans un organisme qui cadre bien avec ses valeurs peut être une excellente façon d'investir les quelques heures laissées libres par la recherche d'emploi.

La discipline personnelle

Pendant la recherche d'emploi ou la période de réflexion professionnelle, il est suggéré de maintenir un horaire de vie stable et de se fixer quelques objectifs réalistes à atteindre chaque semaine. Se doter d'outils de suivi, de listes de personnes à contacter et définir une démarche structurée peut aider à gérer son temps de façon plus efficace. Malgré tout, cette discipline doit être équilibrée par des périodes de loisirs personnels et de ressourcement sur le plan relationnel. Qui sait, c'est peut-être l'occasion rêvée d'entreprendre un projet trop longtemps reporté : se remettre en forme, suivre un cours, rénover une pièce ? L'important est de savoir bien doser ses activités et de persévérer malgré les difficultés.

LA TRANSITION DE CARRIÈRE : UN TREMPLIN VERS UN NOUVEAU DÉPART

On entend souvent l'adage qui dit que « rien n'arrive pour rien ». Cette phrase, quoiqu’un cliché, s'est avérée s'appliquer dans la très grande majorité des cas que j'ai rencontrés dans ma pratique. En effet, après une période de transition de carrière plus ou moins longue, les gens ne se replacent pas nécessairement dans un emploi plus rémunérateur, mais souvent dans un milieu professionnel où ils seront plus épanouis, qui correspond mieux à leurs valeurs, ou qui leur permettra de faire des rencontres significatives qu'ils n'auraient pas faites autrement.

Je crois que cela s'explique par le fait que le processus de transition de carrière arrive à arrêter le tourbillon du quotidien et à encourager la personne à réfléchir à ses besoins, ses valeurs et ses aspirations réelles. Ce qui est, en soi, une très bonne chose que tous devraient s'offrir de temps en temps.

Il est donc possible de transformer le choc de la perte d'emploi en un « cadeau » pour l'employé. Lorsqu'on applique les principes décrits ci-haut, meilleures sont les chances que le parcours professionnel se poursuive de façon satisfaisante. Ainsi, quand on ne prend pas le temps de s'arrêter pour faire le point, c'est parfois la vie qui décide de le faire pour nous. Arrêt forcé au puits, afin de mieux repartir sur la route de sa carrière !

Guylaine Deschênes, Ph.D., CRHA

Cet article a été publié sur le site de La Référence RH (2013).