Le leadership ou l’art de faire émerger le meilleur

Dès leur jeune âge, certains enfants sont identifiés comme ayant du leadership. On dit de celui-là qu’il est un leader car lorsqu’il propose quelque chose, les autres sont d’accord avec lui et le respectent. On dit de celle-là qu’elle a un leadership négatif car elle entraîne les autres à de mauvaises attitudes ou à des comportements non désirables. Plus tard, la plupart des organisations souhaitent que leurs gestionnaires, et même certains de leurs professionnels ou de leurs employés de soutien, fassent preuve de leadership. Est-ce possible ? Est-ce souhaitable ? Mais premièrement, qu’est-ce que le leadership ? Nous allons tenter de répondre à chacune de ces questions au fil des lignes qui suivent.

QU’EST-CE QUE LE LEADERSHIP ?

Selon Girard et Jolicoeur, le leadership est le processus par lequel un individu utilise son capital relationnel (par opposition à son pouvoir formel) pour susciter l’engagement des personnes envers un objectif donné. Il s’agit donc, en d’autres termes, de l’habileté d’un individu à faire émerger, chez les autres, une volonté à le suivre dans la réalisation d’un objectif ou d’une vision.

Dans des contextes de changements continus engendrant de grandes doses d’ambiguïté, les organisations ont grandement besoin d’un phare vers lequel se tourner. Les personnes qui savent exercer du leadership ont donc un rôle clé à jouer dans le succès et la performance des entreprises actuelles.

Le leadership peut se manifester de différentes façons. Chez le leader naturel ou charismatique, nous sommes séduits par le caractère innovateur des idées émises ou encore par les émotions positives que son message suscite en nous. Le mot clé : enthousiasme. Par ailleurs, certains leaders de type intellectuel nous convaincront de les écouter grâce à leur crédibilité et à leur solide expertise dans un domaine qui nous intéresse. Le mot clé ici : confiance. Dans les deux cas, le leader se construit à travers ceux qui leur attribuent ces qualités. Il ne s’agit pas d’un titre dont on peut se doter soi-même.

QUELLES SONT LES CARACTÉRISTIQUES D’UN BON LEADER ?

Au fil des années, plusieurs auteurs et chercheurs se sont penchés sur la notion de leadership et en ont dégagé différentes typologies. Selon Blake et Mouton, les styles de leadership se définissent en fonction du degré de propension du leader sur deux axes : l’orientation vers les résultats (tâche, production) et l’orientation vers les relations (humain, émotions). En fonction des différentes combinaisons possibles de ces deux axes de fonctionnement, quatre principaux styles de leadership ont été dégagés : directif, consultatif, participatif, délégatif. Dans la théorie du leadership situationnel de Hersey et Blanchard, chacune de ces approches peut donner de bons résultats si elle satisfait aux besoins de l’équipe. Le bon leader doit donc être capable de s’adapter au degré de maturité de ses collaborateurs. Par exemple, le style directif peut être approprié en situation de crise ou lorsque les membres de l’équipe sont très peu expérimentés et ont besoin d’un encadrement précis.

Toutefois, le style de leadership habituellement valorisé est celui qui présente un certain équilibre entre l’orientation vers les résultats (volet direction) et l’orientation vers les relations interpersonnelles (volet accompagnement). En d’autres termes, le leader à succès veut que l’organisation soit performante ET que ses collaborateurs se sentent motivés et engagés.

Un bon leader se distingue donc par certaines habiletés, dont voici un aperçu :

Crédibilité

Pour suivre un leader et lui accorder de la crédibilité, celui-ci doit d’abord mériter notre confiance. Cette confiance se développe graduellement, lorsqu’on s’aperçoit que l’individu agit en cohérence avec ses paroles. Pour être crédible, le leader doit aussi agir de façon intègre, c’est-à-dire qu’il respecte un code de valeurs commun auquel on peut s’identifier. Le leader gagne aussi en crédibilité lorsqu’il fait preuve de courage et de résilience dans les situations d’adversité. En effet, celui qui abandonne ou triche dans les moments difficiles sera susceptible de voir son halo s’affaiblir de façon significative.

Vision

Les leaders sont souvent des personnes plutôt intuitives, qui ont une vision d’avenir assez claire et qui réussissent à la communiquer de façon inspirante. Lorsqu’on écoute un leader parler de ce à quoi il aspire, les données et les statistiques deviennent de l’information totalement secondaire. Le langage n’a pas besoin d’être recherché. En effet, seule la vision des objectifs à atteindre compte, car on sent l’émotion et la fierté qui seront au rendez-vous lorsque le but commun sera atteint. Le véritable leader communique avec son cœur.

Mobilisation

Un bon leader saura s’entourer de personnes qui ont des forces complémentaires et qui sauront amener l’organisation plus loin. Quand ça va bien, il sait reconnaître les bons coups. Quand ça va moins bien, il peut intervenir de façon constructive afin de maintenir la motivation des troupes. Il voit les difficultés comme des défis et les échecs comme des occasions d’apprentissage.

Intelligence émotionnelle

Écouter est un art qui sert au leader à apprendre des autres, à résoudre des conflits, à recueillir des suggestions d’amélioration, etc. De plus, le bon leader connaît bien ses employés, car il est à l’écoute de ce qu’ils vivent, tant sur le plan professionnel que personnel. Il peut faire preuve d’empathie et adapter ses attentes en fonction du contexte. En effet, le leadership positif s’exerce de façon souple et respectueuse, et non par la menace et la coercition.

Authenticité

Finalement, le bon leader se connaît bien et il reconnaît ses limites. En ce sens, il ne se considère pas comme meilleur que ses collaborateurs. Faisant preuve d’humilité, il est ouvert à la rétroaction quant à ce qu’il dégage auprès de ses collaborateurs (à travers notamment un sondage de type feedback 360) et il peut se remettre en question. Le leader d’exception veut constamment s’améliorer et il est prêt à apprendre du plus petit d’entre tous.

EST-IL POSSIBLE DE DÉVELOPPER SON LEADERSHIP ?

Comme il a été abordé dans l’introduction, certains ont naturellement une propension à exercer de l’influence sur les autres, consciemment ou non. Il s’agit donc d’un trait ou d’une disposition personnelle déjà présent, qui, comme toutes les aptitudes, a un certain potentiel de développement.

Ceux qui n’ont pas ce charisme naturel peuvent cependant améliorer leur capacité d’influence, dans une certaine mesure, en adoptant certains comportements ou attitudes favorables. Il faut d’abord bien se connaître et être en mesure d’évaluer adéquatement ses forces, ses limites, ses valeurs, ses croyances, ainsi que ses émotions et leur impact sur les autres.

Les programmes de développement du leadership qui sont le plus susceptibles de porter des fruits sont ceux qui proposent non seulement des séminaires, mais aussi du coaching individuel basé sur des événements déclencheurs. Tout ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais se bâtit sur une période plus ou moins prolongée. La participation à des projets spéciaux d’envergure interne ou externe est aussi un moyen de développement efficace.

En matière de développement du leadership, il est important de garder à l’esprit qu’il n’y a pas un modèle unique à suivre. Un excellent leader, comme un véritable artiste, sait aussi rester lui-même et utiliser son authenticité à bon escient. De plus, tous les gestionnaires ne peuvent pas devenir des leaders remarquables, tout comme les grands leaders ne sont pas nécessairement de bons gestionnaires! Pour que l’organisation fonctionne bien, on doit simplement attribuer le rôle approprié à chacun et s’assurer que chacun possède les ressources qu’il faut pour jouer son rôle à son plein potentiel.

Si les gens suivent, changent, se développent et ont du succès, il y a de fortes chances qu’elles sont en présence d’un vrai leader. En effet, le leader va au-delà du rôle de gestionnaire qui dirige ; il est porteur de sens. Dans un monde du travail en pleine mutation, c’est de cette fibre que les gens ont grandement besoin. Reconnaissons-la et cultivons-la lorsque nous la voyons émerger. De cette façon, chacun pourra par la suite exercer son leadership à sa façon, dans son milieu, pour le plus grand bien des générations futures.

Guylaine Deschênes, Ph.D., CRHA

Cet article a été publié sur le site de La Référence RH (2014).