Jouer au détective, c’est pas si compliqué!

« Écouter son corps, c’est important! » Il me semble qu’on entend souvent cette phrase, qu’on l’insère même machinalement dans nos conversations… Mais savons-nous vraiment comment procéder pour écouter, et surtout comprendre les signes que notre corps nous envoie? Pas facile, n’est-ce pas? Chaque être humain étant différent, les réactions à une situation varient grandement d’une personne à l’autre, de même que les prédispositions, les seuils de tolérance, etc. C’est sans doute pourquoi on n’enseigne pas ces stratégies de prévention à l’école…

Cette année, j’ai choisi de vous entretenir sur différentes facettes de la santé psychologique, particulièrement sur les éléments qui assurent son maintien et qui contribuent à prévenir les problèmes de santé psychologiques. Comme on sait pertinemment que le corps et l’esprit sont intimement liés, je crois qu’il est pertinent de s’attarder à mieux comprendre le langage de notre corps afin de bien amorcer ce périple vers l’équilibre. Par la suite, nous verrons quel rôle important joue l’interprétation de nos symptômes.

Voici d’abord une série de signes et de symptômes que vous pouvez déceler, chez vous, ou une personne de votre entourage, tant sur les plans physique, psychologique, que comportemental (veuillez noter que cette liste n’est pas exhaustive):

PHYSIQUE

  • Fatigue, manque d’énergie

  • Tensions et douleurs musculaires, crampes

  • Cœur qui bat plus vite ou plus fort

  • Essoufflement

  • Maux de têtes

  • Vertiges, troubles de la vue

  • Problèmes digestifs, douleurs abdominales (reflux, ballonnements, constipation, ulcères, etc.)

  • Insomnie

  • Frilosité, transpiration

  • Manque d’appétit

  • Perte ou prise de poids

  • Infections persistantes ou à répétition

  • Baisse de libido, problèmes sexuels (chez les adultes)

  • Énurésie (chez les enfants)

PSYCHOLOGIQUE

  • Sentiment d’être débordé, dépassé, surchargé

  • Envie de ne rien faire

  • Sentiment d’être incompris

  • Anxiété, inquiétudes

  • Frustration, insatisfactions

  • Pessimisme

  • Problèmes de concentration, de mémoire

  • Cauchemars

COMPORTEMENTAL

  • Pleurs fréquents

  • Colères fréquentes, agressivité

  • Isolement

  • Excès de nourriture, de tabac, de café, d’alcool, de médicaments ou autres substances

Comme vous pouvez le constater, certains symptômes sont évidents, alors que d’autres trahissent le stress de façon beaucoup plus subtile. Plus vous serez à l’affût de l’apparition de ces signes et de leur évolution, meilleure vous serez à titre de détective en santé psychologique. Lorsque vous observez ces symptômes chez quelqu’un qui vous tient à cœur (conjoint, amie, enfant), il est important d’aborder la question directement avec la personne ou avec son médecin. Il arrive aussi fréquemment que les symptômes soient plus intenses chez les personnes qui font un travail intellectuel et/ou qui entretiennent des inquiétudes perpétuelles (vis-à-vis leurs enfants, par exemple). C’est comme si, parce que la tête et le corps ne sont plus connectés, le corps devait « parler plus fort ».

Lorsque ces signes commencent à vous déranger vous-même, posez-vous certaines questions telles que : Est-ce possible que je sois en train de dépasser certaines limites? Qu’est-ce que ça signifie pour moi de me sentir comme ça? Parfois, les réponses peuvent être drôlement surprenantes et révélatrices… Prenons pour exemples des cas vécus par deux personnes de mon entourage. Ces femmes se sont mises à souffrir de sinusites à répétition. Pour l’une d’elle, cela venait du fait qu’elle n’était plus bien dans sa relation de couple et qu’elle ne « pouvait plus sentir » son partenaire. Pour l’autre, une situation de harcèlement professionnel l’amenait à trouver que son milieu de travail « sentait la porcherie ». Vous voyez le lien? Dans les deux cas, le fait de régler le problème à la source a réussi à éliminer le symptôme physique ainsi que le stress psychologique qui l’accompagnait. Parfois, cela amène à faire des choix difficiles, souvent proportionnels à l’ampleur du symptôme ressenti. Mais comme on n’a qu’une vie à vivre et qu’un seul corps pour nous accompagner pendant cette vie, aussi bien en prendre grand soin!

En terminant, je vous suggère une petite mise en garde : bien que le travail de détective soit très utile pour la santé psychologique, on ne doit pas en faire un boulot à temps plein! Ceux qui tombent dans ce piège peuvent se mettre à tout analyser, et l’objectif de l’équilibre est loin d’être atteint… Mieux vaut donc faire la part des choses et se donner des moments pour s’écouter sur une base régulière, tout en se laissant des pauses pour simplement profiter de la vie.

Guylaine Deschênes, Ph.D., CRHA

Cet article a été publié sur le site de Mères & Cie (2010).