J’ai le droit de sortir du blues!

Lorsqu’on devient mère, toute notre vie se voit chamboulée : les heures de sommeil, les sorties, les repas… En effet, dans les premiers mois de vie de bébé surtout, la majorité des mamans sacrifient leur sommeil, règlent leur agenda en fonction des siestes, et mangent leurs repas rapidement et… plutôt froids! Bref, on a tendance à s’OUBLIER. En fait, on n’existe que dans l’ombre de bébé, totalement dépendante des boires, des dodos et des changements de couches. Pour répondre de notre mieux aux besoins physiques et psychologiques de nos petits trésors, je crois que c’est normal de réagir de la sorte. La priorité est mise d’abord sur ce petit être sans défense.

Cependant, si vous sentez le « blues » post-partum vous envahir et se prolonger après le premier mois de bébé, il est important d’agir. Les symptômes de la dépression périnatale classique sont : les pleurs fréquents, les maux de tête, le manque d’intérêt, le sentiment d’incompétence et l’impression que le bébé engendre plus de travail que de plaisir. En un mot, on se sent complètement moche! Lorsque cette situation perdure, ce qui est le cas chez environ 15% des mères, le bébé peut aussi avoir des problèmes de sommeil ou d’alimentation, car il est fortement sensible à l’état émotif de sa mère.

Alors, dites-moi, pourquoi continuer à s’oublier si c’est nuisible autant pour soi que pour le bébé? Je vous invite donc à effectuer graduellement un changement de cap, de façon à vous faire plaisir plus souvent, à vous mettre en priorité no. 1, ex equo avec les enfants. Plus facile à dire qu’à faire, c’est vrai. Et ça nécessite surtout un peu d’aide de l’entourage, le papa en premier lieu si possible.

Pour une bonne santé mentale, on suggère à toute personne de s’accorder environ 3 plaisirs par jour. Dans les 3 à 6 premiers mois après un accouchement ou une adoption, ce n’est pas facile à réaliser. L’objectif pourrait alors être d’au moins UN plaisir par jour! Faire une sieste pendant que quelqu’un d’autre berce ou amuse bébé, s’offrir une séance de massage ou un soin esthétique, manger un repas chaud et tranquille de temps en temps… c’est faisable quand on s’organise pour que ça arrive.

La même recommandation s’applique pour les mères de famille nombreuse, celles qui ont des jumeaux, des enfants exigeants, celles qui s’oublient depuis près de 10 ans déjà… Vous avez le droit, voire même le devoir de prendre soin de vous. Ne serait-ce que pour être un modèle d’équilibre et de joie de vivre pour votre famille!

Pour concrétiser ces changements, surtout si la culpabilité a tendance à refaire surface chez vous, vous pouvez écrire votre propre charte des droits et l’afficher bien en vue sur votre frigo, dans votre porte de garde-robe, etc.

Exemples :

« J’ai droit à l’erreur »

« J’ai droit au respect »

« J’ai le droit de changer d’idée »

« J’ai le droit de me reposer lorsque j’en sens le besoin »

« J’ai le droit de m’inscrire à une activité que j’aime »

« J’ai le droit de prendre un congé et des vacances »

« J’ai le droit de m’exprimer »

« J’ai le droit de me taire »

« J’ai le droit de m’amuser »

« J’ai le droit de rêver »

« J’ai le droit de demander quelque chose (information, aide, etc.) »

« J’ai le droit de dire non »

« J’ai le droit de choisir »

« J’ai le droit de rester seul pendant un moment »

« J’ai le droit de mettre mes besoins en priorité »

etc.

Souvenez-vous toutefois que les gens de votre entourage peuvent bénéficier des mêmes droits que vous. Par exemple, si vous vous donnez le droit à l’erreur, vous ne pouvez reprocher aux autres (conjoint, enfant, ami, collègue, etc.) d’en faire une… Ils ont droit à leurs apprentissages et vous avez le devoir de leur manifester une certaine indulgence. Tout le monde a droit au respect, vos enfants ont le droit de rêver, votre conjoint a le droit de s’exprimer… tout ça fonctionne dans la mesure où chacun a son tour d’en profiter!

Guylaine Deschênes, Ph.D., CRHA

Cet article a été publié sur le site de Mères & Cie (2011).